Qui sommes-nous

Habitant Marseille, Aix-en-Provence et leurs environs, nous sommes un petit groupe de femmes et d'hommes désirant prendre une part active dans l'espace public non pas tant au niveau régional ou national qu'au niveau planétaire.

Pourquoi ? Parce que nous savons que nous sommes entrés dans l'ère de l'anthro-pocène (l'équilibre de la terre est menacé par le comportement d'une majorité de ses habitants) et que les actes quotidiens influent sur les écosystèmes  autant qu'inversement les décisions prises dans les hauts lieux de la politique et de la finance ont des effets sur nos quotidiens. Tout est lié... donc tout nous concerne

Nous nous mobilisons pour préserver nos espaces vitaux, d'une part en menant une vie respectueuse des environnements, de nous-mêmes et d'autrui, d'autre part en organisant des débats publics sur ces questions.>

Les causes que nous défendons ne sont relayées par aucun parti, pas même l'un de ceux que l'on dit écologistes. Faire connaître nos vues constitue un combat, raison pour laquelle nous nous disons militants, même si ce mot est aujourd'hui dévalué (notamment par les services marketing de quelques compagnies d'assurance !).

Adhérents à Technologos et à son manifeste, nous nous sommes constitués nous-mêmes en structure locale indépendante. Dans les lignes qui suivent, nous indiquons comment nous nous positionnons par rapport à d'autres mouvements : ce qui nous en rapproche mais aussi ce qui nous en distingue et nous en sépare.

Si notre ton est parfois véhément, ce n'est pas par goût de la provocation mais parce que nous pensons que nos "responsables" politiques et économiques, ainsi que celles et ceux qui leur font confiance, provoquent le bon sens.

  1. Comme d'autres, nous constatons que nos sociétés font face depuis plusieurs décennies à un certain nombre de nuisances graves : pollutions multipleschômage de masse, précarité, pauvreté...Victimes nous-mêmes ou simples témoins, nous nous efforçons d'en comprendre les causes et d'imaginer des remèdes.

  2. Au final, toutefois, nous pensons que les choses ne peuvent s'améliorer tant que les gouvernants s'effacent devant la finance, laquelle prospère depuis que les réseaux électroniques dématérialisent l'argent et le font circuler dans tous les sens et à des vitesses faramineuses.

  3. Le libéralisme économique est axé sur l'idée que les humains sont raisonnables car rationnels et que, libres d'entreprendre ce qu'ils veulent, ils ne se préoccupent pas de leurs seuls intérêts. Cette idéologie inventée par la bourgeoisie (dont font  partie les entrepreneurs) en même temps qu'elle a conçu les lois destinées à le faire appliquer : Marx avait analysé comment les mécanismes de la domination sont soigneusement verrouillés, rien n'a changé depuis.

  4. Le discours libéral masque donc soigneusement les instincts prédateurs et ne sert qu'à légitimer la loi du plus fort. Or si la doxa libérale est critiquable d'un point de vue moral, c'est parce qu'elle l'est d'abord d'un point de vue pratique : en économie de marché, aucune régulation par les prix n'est possible quand la finance est aux commandes. Le principe premier du marché (plus un produit est rare, plus son prix est élevé) étant contraire à celui de la finance (plus un produit est rare, plus sa cote baisse), le système libéral est totalement incohérent vu de l'extérieur.

  5. Or ce système perdure. Et bien qu'il n'offre une manne de profits qu'à ceux qui contrôlent les circuits, il ne suscite aucune véritable contestation, si ce n'est de façon sporadique, conjoncturelle. Une chose en effet unit dominants et dominés que rien ne semble pouvoir parvenir à rompre : les uns comme les autres partagent un tel appétit de confort matériel qu'il génère entre eux une sorte de lien communautaire. Du moment que chacun a sa part, même minimale, ou qu'il croit pouvoir y accéder à tout moment, le moindre soubresaut social est inenvisageable.

  6. Contrairement à la majorité de ceux qui, comme nous, contestent le système, nous ne rêvons d'aucun Grand Soir. Non seulement, malgré les inégalités criantes, la lutte des classes n'est qu'un mythe éculé (si tant est qu'il ait été un jour autre chose), mais il existe une totale et indéfectible solidarité entre les couches sociales autour du rêve d'accession au confort. Le seul unique objet de contestation aujourd'hui est même "la défense du pouvoir d'achat" !

  7. La recherche de confort anesthésie l'esprit critique plus qu'aucun dictateur n'en a jamais rêvé. Le pire est que les individus atteints en sont totalement inconscients, comme littéralement hypnotisés. Quand et comment ce phénomène est-il apparu ? C'est précisément là l'objet de nos investigations et de notre mobilisation.

    La recherche du confort matériel optimal

  8. L'universalisme des Lumières puis le phénomène appelé "Révolution industrielle" ont contribué à ériger en modèle "l'homme moderne", un être virtuel, émancipé de toutes les croyances car doué de raison et l'utilisant pour construire lui-même sa destinée, son objectif étant le bonheur.

  9. L'accession au bonheur valant comme projet politique, en société industrielle "bonheur" a fini par se confondre avec "confort matériel" : la recherche de celui-ci constitue la première caractéristique de "l'homme moderne".

  10. Or ce sont des produits techniques (l'électricité, l'auto, la télé, l'ordi, le téléphone...) qui procurent ce confort. Acquérir ces produits est vécu par "l'homme moderne" comme un progrès, une avancée, une libération... ni plus ni moins que l'équivalent profane du salut de l'âme dans la société chrétienne.

  11. Parce que ces produits, investis de désirs, se perfectionnent et se multiplient sans cesse, le système économique de "l'homme moderne" est productiviste et cet homme lui-même pense de plus en plus à les consommer.

  12. Dans la mesure toutefois où les humains ont toujours "consommé", l'expression "société de consommation" est impropre (tout au plus peut-on parler avec Baudrillard de "consommation des signes"). Dans la mesure en revanche où "l'homme moderne" produit plus que de besoin, les formules "société du gaspillage" ou "société de l'obsolescence programmée" nous semblent pertinentes.

  13. Pour concevoir et fabriquer les objets techniques offrant le confort matériel, "l'homme moderne" recourt à d'importantes levées de capitaux. Le mot "capitalisme" désigne cette accumulation, d'où qu'elle émane : des entreprises privées comme de l'État.

  14. Ce n'est pas donc tant la quête du profit (pourtant bien réelle) qui constitue le moteur du capitalisme qu'une autre, plus ancienne et dont elle est la déclinaison la plus voyante, la recherche de l'EFFICACITÉ MAXIMALE EN TOUTES CHOSES. 

    La recherche absolue de l'efficacité maximale en toutes choses

  15. La seconde grande caractéristique de "l'homme moderne"c'est la propension à rechercher l'efficacité par toutes sortes de moyens, aussi bien matériels (outils) qu'immatériels (méthodes). "La technique" est le système que ces moyens constituent ensemble et dans lequel nous évoluons tous.

  16. Le "progrès technique" est la croyance que ces moyens sont susceptibles de l'émanciper par rapport à la nature : non pas seulement matériellement mais spirituellement. 

  17. Ce qui fonde le "progrès technique", c'est sa dimension symbolique : le rapport des humains aux objets manufacturés, de plus en plus distancié à partir du XVe siècle (notamment avec le développement des sciences), est devenu un rapport de transformation du monde au XVIIIe siècle (avec l'apparition de l'industrie).

"L'homme  moderne" émerge à
la  Renaissance,  quand  il  porte
sur les objets un regard distancié.

 

Étude d'un calice
dessin datant du XVe siècle

 

Cette distanciation préfigure la
transformation du monde elle-
même, qui s’opère avec l’indus-
trie et l’informatique…

… et qui bouleverse la perception
que nous avons de nous-mêmes.

Modélisation d’une automobile
et d’un corps humain par
procédés infographiques

  1. Pour que ces capitaux soient investis de façon efficacel'optimisation de la production est recherchée dans l'organisation du travail (lequel est parcellisé), le degré de sophistication des infrastructures, et leur renouvellement constant.

    Le technicisme, idéologie subliminale

  2. Le militantisme traditionnel se fourvoie quand il focalise sa critique sur le capitalisme, l'économie et les aspects existentiels de la vie. 

  3. Le désir de "progrès technique" étant omniprésent dans la vie privée autant que dans le monde du travail, nous pensons que son étude constitue un préalable à toute réflexion d'ordre politique ou économique.

  4. Il importe de comprendre que la quête du confort, dans la vie privée et celle de l'efficacité maximale dans le monde du travail, sont étroitement corrélées : "l'homme moderne" accorde de la valeur au travail, précisément parce qu'il estime que ce qu'il dépense en sueur sera récompensé ensuite par du confort (#9).

  5. Vivant le travail comme porteur d'une forme de libération, il admet volontiers qu'il est usant mais jamais qu'il est aliénant. Pourtant, à peine le "progrès technique" satisfait-il les désirs qu'il en suscite de nouveaux et qu'il faut se remettre au travail pour les satisfaire.

  6. L'adage "on n'arrête pas le progrès" s'explique donc par le fait que "l'homme moderne" n'a pas la force morale de ne pas céder chroniquement à ses désirs.

  7. Parce que  le cycle "désir - satisfaction du désir par le travail" est incessant, il constitue un "cercle vicieux"  il est aliénant (#22).

  8. "L'homme moderne" n'est donc pas un être réfléchi et émancipé comme il aime à s'en vanter mais le jouet d'une multitude de désirs inconscients.  Mû et façonné par eux, Il ne contrôle pas la technique" : celle-ci se développe donc de façon autonome (#32 sq).

  9. "L'homme moderne" n'admet pas qu'il est aliéné, dépossédé par la technique car la prise de conscience nécessaire pour l'admettre est refoulée par la volonté de posséder le monde par la technique (#29).

  10. Ce faisant, il s'illusionne, prend ses désirs pour des besoins, considérant que tout "progrès technique" sert à satisfaire ce qu'il ressent comme nécessaire mais qui, en fait, ne relève que de ses désirs.

  11. Ainsi, alors que la technique n'était qu'un simple ensemble de moyens, "l'homme moderne" l'érige inconsciemment en finalité.

  12. Étant la proie de ses désirs, fondements de sa volonté de puissance sur la nature, il sacralise la technique. Bien qu'elle le fascine, ce n'est pas elle qui le façonne mais le sacré qu'il projette inconsciemment sur elle.

  13. Parce que la technique est sacralisée, ses effets négatifs (qui peuvent aller de l'addiction au téléphone portable aux pollutions multiples) sont sinon occultés, du moins constamment sous-évalués ou relativisés.

  14. La quête de moyens techniques toujours plus nombreux et performants étant incessante mais vécue comme un progrès, elle rend "l'homme moderne" non pas immoral mais amoral, inconséquent et irresponsable : elle le conduit à perdre en autonomie.

    Autonomie de la technique versus autonomie de l'humain

  15. Rien ne remet en cause la quête d'efficacité et de confort, pas même les catastrophes. Quand celles-ci surviennent, "l'homme moderne" déploie toute une savante rhétorique pour se convaincre qu'elles ne sont que conjoncturelles et qu'il peut y rémédier sans cesse ou prévenir d'autres catastrophes.

  16. Ainsi, après le "progrès" puis le principe de précaution, l'innovation et le développement durable, voici venir le temps de l'économie collaborative, par laquelle les humains sont censés mettre fin au diktat de la concurrence et, enfin échanger et partager, ceci grâce à qui ? Aux plates-formes internet

  17. Toutes ces expressions permettent à "l'homme moderne" de ne pas reconnaître sa dépendance à l'égard de la technique et donc de poursuivre sa fuite en avant en toute bonne conscience. L'autonomie de la technique (#25) ne fait que correspondre à sa propre incapacité d'être autonome sans elle.

  18. A défaut de manier la rhétorique, et afin de compenser la fièvre techniciste, "l'homme moderne" s'abandonne à toutes sortes de dérivatifs  : le divertissement fait diversion, les drogues, qui font figure de paradis "naturels" en comparaison des écrans.

  19. Aujourd'hui, les machines étant non seulement capables d'effectuer des tâches physiques à la place de "l'homme moderne" mais de le stimuler intellectuellement et affectivement, de  "dialoguer" avec lui et même de lui donner des ordres que l'obsolescence des "technologies" n'a de proportionnelle que sa propre obsolescence.

  20. Le phénomène de l'interaction homme-machine noyant "l'homme moderne" dans des représentations du réel, ce que Guy Debord qualifiait autrefois de spectacle, il l'éloigne donc d'autant du réel. Les jeux vidéos constituent un exemple assez caractéristique de cette errance.

  21. Ce ne sont donc plus seulement des humains qui conditionnent les attitudes d'autres humains mais de vulgaires algorithmes. Les "décideurs" eux-mêmes leur délèguent de plus en plus de  responsabilités. L'exemple le plus flagrant est celui de l'algotrading, le plus effrayant est celui du "robot tueur", face à l'émergence duquel le droit est... "désarmé".

  22. En se prétendant "moderne", l'humain s'est proclamé "autonome", libéré de toutes sortes de croyances et de superstitions. Mais en déléguant de plus en plus de responsabilités à ses artefacts, il devient dépendant d'eux, incapable de vivre et travailler sans eux.

  23. Profitons donc de celle dont nous disposons pour mettre en débat la question de l'aliénation techniciste. Imaginons comment les humains pourraient enfin cesser de se prétendre "modernes" et affronter courageusement leurs démons.